Comment Jacques Bouthier a réduit en esclavage une mineure marocaine

10 août 2023 - 19h00 - Monde - Ecrit par : P. A

Accusé de viols sur mineures dont des Marocaines, Jacques Bouthier a été mis en examen et placé en détention fin mai. Le PDG d’Assu2000 (devenu Vilavi), un grand groupe de courtage en assurances, aurait tenté d’étouffer l’affaire en cherchant à exfiltrer hors de France une victime d’origine marocaine qui détient une vidéo compromettante. Il vient de démissionner de la tête du groupe.

Tout est parti d’une plainte déposée par Kenza (nom d’emprunt) à la Brigade de protection des mineurs (BPM) de la police judiciaire de Paris, relate Le Parisien. La jeune fille d’origine marocaine, qui avait 16 ans au moment des faits, a confié aux enquêteurs le 15 mars dernier avoir été « livrée » à Jacques Bouthier par sa cousine Leïla R., chez qui elle vivait à Gennevilliers (Hauts-de-Seine). La victime précise avoir eu ses premiers rapports sexuels avec le PDG d’Assu2000 début 2016, ajoutant qu’après chaque rencontre avec le septuagénaire, sa cousine percevait 200 euros.

À lire : Affaire Jacques Bouthier : la justice marocaine saisit la justice française

Mais à l’été 2017, Jacques Bouthier aurait décidé de payer directement cette somme à Kenza et de lui offrir un appartement en région parisienne où il venait assouvir ses penchants pédophiles à ses heures perdues. Une fois devenue majeure en 2018, Jacques Bouthier l’aurait forcée à fréquenter des clubs échangistes et à tenir des rapports sexuels avec plusieurs hommes qui payaient chacun 100 euros. Le PDG d’Assu2000 aurait également eu des rapports avec la jeune femme à plusieurs reprises, dans son bureau ou dans la salle de sport de l’entreprise, et la payait pour ce service, a-t-elle avoué aux enquêteurs.

Kenza dit avoir été pendant plusieurs années l’esclave sexuelle du septuagénaire qui a fini par se lasser d’elle en 2022, alors qu’elle avait 22 ans. Elle précise qu’elle avait aussi succédé à une autre Marocaine qui avait subi les mêmes horreurs de la part de Jacques Bouthier. Par l’entremise de Kenza, le PDG rencontre le 11 mars une collégienne de 14 ans de nationalité roumaine. Toute la scène a été filmée par Kenza qui avait tendu un piège à Bouthier. Elle aurait ensuite utilisé cette vidéo compromettante pour faire chanter le PDG d’Assu2000, mais ce dernier n’aurait pas été inquiété par ses menaces.

À lire : Maroc : du nouveau dans l’affaire Jacques Bouthier

C’est alors que la jeune femme a décidé de le dénoncer au commissariat du XIXᵉ arrondissement. Soupçonné de viol, Jacques Bouthier a été placé sur écoute, ce qui a permis aux enquêteurs de découvrir qu’il a sollicité les services de Gabriel R., 49, ans, directeur d’une entreprise de BTP prestataire chez Assu2000, pour l’aider à régler ce problème. Ce dernier fait appel à Christian G., 59 ans, un ancien agent du GIGN qui a perçu 35 000 euros pour retrouver Kenza, récupérer la vidéo et l’exfiltrer hors de France.

Jacques Bouthier a été interpelé le 17 mai à son domicile de Charente-Maritime où des fichiers pédopornographiques ont été retrouvés. Placé en garde à vue, le septuagénaire a nié les faits, avant de passer aux aveux, admettant avoir eu des rapports sexuels réguliers avec les victimes et tenté d’étouffer l’affaire. Le PDG a été mis en examen fin mai pour « viols et agression sexuelle sur mineures », « traite des êtres humains », « recours à la prostitution d’une mineure » et « association de malfaiteurs criminelle ». L’enquête suit son cours. Mardi dernier, Assu2000 (désormais Vilavi) a annoncé la démission de Jacques Bouthier.

Bladi.net Google News Suivez bladi.net sur Google News

Bladi.net sur WhatsApp Suivez bladi.net sur WhatsApp

Sujets associés : France - Droits et Justice - Sexualité

Aller plus loin

Un réseau familial marocain démantelé dans le Lot-et-Garonne

Les gendarmes de la Brigade de recherches de Bouliac ont démantelé un réseau d’exploitation d’ouvriers agricoles. Six personnes ont été mises en examen jeudi 12 décembre, dont...

Des Marocains réduits à l’esclavage dans le Lot-et-Garonne

Vingt travailleurs marocains ont été exploités dans des conditions indignes par une agricultrice du Lot-et-Garonne. Attirés par la promesse d’un contrat de travail et d’une vie...

Saint-Émilion : des ouvriers marocains exploités, leurs recruteurs condamnés

Un père et son fils, de nationalité marocaine, ont été condamnés le mardi 5 novembre par le tribunal correctionnel de Libourne à de la prison ferme pour traite d’êtres humains....

Kenza, une femme de ménage tortuée à Settat ?

Se disant exploitée, torturée et réduite à l’esclavage, Kenza, une femme de ménage âgée de 27 ans, de Sidi Hajjaj à Settat, a réussi à s’échapper des mains de ses « bourreaux »...

Ces articles devraient vous intéresser :

Un député marocain poursuivi pour débauche

Le député Yassine Radi, membre du parti de l’Union constitutionnelle (UC), son ami homme d’affaires, deux jeunes femmes et un gardien comparaissent devant la Chambre criminelle du tribunal de Rabat.

Mohamed Ihattaren rattrapé par la justice

Selon un média néerlandais, Mohamed Ihattaren aurait des démêlés avec la justice. Le joueur d’origine marocaine serait poursuivi pour agression et tentative d’incitation à la menace.

Maroc : 30 députés éclaboussés par des affaires de corruption

Au total, 30 députés marocains sont poursuivis par la justice en leur qualité de président de commune pour leur implication présumée dans des affaires de corruption, de dilapidation de deniers publics, de chantage, et de falsification de documents...

Maroc : les fraudeurs fiscaux bientôt devant la justice

Au Maroc, les fraudeurs fiscaux présumés vont répondre de leurs actes. Les contrôleurs de l’administration fiscale ont transmis leurs dossiers à la justice aux fins de poursuite.

Blanchiment d’argent : la justice marocaine frappe fort

Le Maroc a réalisé des avancées significatives dans sa lutte contre le blanchiment d’argent. C’est ce qui ressort du septième rapport annuel de la présidence du ministère public, publié le 6 mars 2024. Ce document officiel montre une évolution positive...

Prison : le Maroc explore les « jour-amendes »

L’introduction du système de jour-amende dans le cadre des peines alternatives pourrait devenir une réalité au Maroc. Une loi devrait être bientôt votée dans ce sens.

Un MRE expulsé après 24 ans en France

Un ressortissant marocain de 46 ans, résidant en France depuis 24 ans, a été expulsé en février dernier, suscitant l’émoi et soulevant des questions quant à l’application de la loi Darmanin sur l’immigration.

Maroc : Vague d’enquêtes sur des parlementaires pour des crimes financiers

Une vingtaine de parlementaires marocains sont dans le collimateur de la justice. Ils sont poursuivis pour faux et usage de faux, abus de pouvoir, dilapidation et détournement de fonds publics.

Les cafés et restaurants menacés de poursuites judiciaires

Face au refus de nombreux propriétaires de cafés et restaurants de payer les droits d’auteur pour l’exploitation d’œuvres littéraires et artistiques, l’association professionnelle entend saisir la justice.

La chanson « Enty » de Sâad Lamjarred devant la justice

Le compositeur Mohamed Rifai a assigné DJ Van en justice à cause de la chanson « Enty » interprétée par Saad Lamjarred en 2014.