Plainte contre le film "Much Loved", pour incitation à la prostitution

25 mai 2015 - 16h55 - Culture - Ecrit par : Jalil Laaboudi

"Le film Much loved est une insulte envers Marrakech et les femmes de la ville ocre en particulier, en raison des scènes de nudité et d’érotisme contenues dans ce film, réalisé par Nabil Ayouch", estime l’association marocaine de défense du citoyen dans une plainte déposée auprès du procureur général du tribunal de première instance de Marrakech.

L’association demande l’ouverture d’une enquête sur l’actrice principale du film Loubna Abidar et son réalisateur Nabil Ayouch à propos des obscénités et au langage ordurier utilisés dans "Zine Lifik" (la beauté qui est en toi), titre marocain de ce long métrage.

Le parquet général du tribunal de première instance de Marrakech vient d’ordonner l’ouverture d’une enquête concernant les accusations de l’association marocaine de défense du citoyen.

"Les scènes du film diffusées sur YouTube sont une incitation claire à la débauche et encouragent la prostitution et le gain d’argent de cette manière avec les arabes du Golfe, ajouté à cela le langage ordurier des actrices (prostituées dans le film), qui ont un impact négatif sur les adolescentes et les familles marocaines en général", explique l’association.

La plainte a déjà été confiée à la police pour investigation. L’association considère que ce qui a été dit et fait dans ce film sont une violation de l’article 483 du code pénal condamnant d’un mois à deux ans de prison toute personne portant « atteinte à la pudeur dans un lieu public ».

Le long métrage fait polémique au Maroc, où la société civile, dans sa majorité, appelle à son boycott, considérant que ce film ne représente pas la réalité de la société marocaine, mais reflète plutôt la personnalité de ceux qui en sont les auteurs et qui font la promotion de valeurs immorales.

Le film est condamné même au sein du milieu artistique marocain où l’on considère que Nabil Ayouch ne traite que superficiellement et d’un point de vue érotique le problème de la prostitution au Maroc, le côté artistique et humain étant complètement absents du film.

Les réseaux sociaux désapprouvent

Parmi les commentaires que nous pouvons lire sur Facebook sur une page qui a attiré près de 10.000 fans en moins de trois jours, "les Marocains sont ouverts mais sont également très conservateurs et attachés à leur religion et à leurs valeurs ancestrales. (...) Les idées véhiculées dans le film ne représentent en rien la société marocaine, mais peut-être que le réalisateur parle de ses propres expériences personnelles ou de son milieu...".

"Ce qui ressort de ce film, c’est que Nabil Ayouch ne connaît pas le Maroc. La prostitution n’est pas un taboue dans le pays. Tout le monde en parle. Plusieurs militants et organisations viennent même en aide à ces femmes sans toutefois porter atteinte à leur dignité et à l’image du Maroc".

Pour parler de prostitution, on n’est pas obligé d’en venir là, écrit un autre internaute. "Le film est érotique et commercial, cela saute aux yeux, pourquoi se voiler la face ?"

Une Marocaine a été jusqu’à faire appel au roi Mohammed VI pour "stopper cette mascarade qui mérite une colère royale" selon elle. Un militant, pourtant très ouvert d’esprit, fait remarquer que "si la modernité c’est l’appel à la débauche publique, alors je préfère que l’on soit traité d’arriérés...".

Des citoyens se sont même portés volontaires pour payer des avocats afin d’engager des poursuites judiciaires contre Nabil Ayouch. La majorité des commentaires sont contre la promotion de ce genre de cinéma.

Les imams s’en mêlent

"Zin li fik" est arrivé jusqu’aux mosquées, où il a fait l’objet de leçons de morale lors de la prière du vendredi. Un Imam de Salé très connu pour ses prêches modérés, s’est demandé si le film de Ayouch est ce qu’on appelle de l’art. Le prêcheur ajoute : " vous allez nous qualifier de rétrogrades et incultes Monsieur Ayouch, car nous ne comprenons pas votre art. Vous nous direz c’est juste du cinéma,(...). En tout cas vous avez transmis tout le message de votre art..., et vous laisserez votre empreinte".

En France, le quotidien Le Monde titre très ironiquement : "Nabil Ayouch dévoile ses prostituées sur la Croisette". Si le journal s’est montré clément envers le réalisateur, la presse française n’est pas unanime quant à la valeur morale et culturelle de ce film sur la prostitution et non les prostituées, précise Ayouch.

Même à Cannes, où le film a été présenté dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs "devant un parterre de retraités", plusieurs critiques ont jugé que le nouveau long métrage de Nabil Ayouch n’a aucune valeur artistique, c’est tout simplement un film érotique.

Mais le réalisateur franco-marocain qui semble insensible à la polémique suscitée par son film, affirme qu’il fera tout pour que "Much loved" sorte dans les salles de cinéma au Maroc.

Vendredi, les autorités de Marrakech ont annoncé la fermeture du cabaret où a été tourné "Zine li fik". Selon des sources locales, cette mesure n’aurait rien à voir avec le film de Ayouch. Les scènes auraient été tournées dans une villa privée et non dans cette boîte de nuit, Nabil Ayouch n’aurait exploité que l’entrée du club de nuit pour montrer les acteurs sortant du cabaret.

Bladi.net Google News Suivez bladi.net sur Google News

Bladi.net sur WhatsApp Suivez bladi.net sur WhatsApp

Sujets associés : Cinéma - Nabil Ayouch - Prostitution Maroc - Code pénal marocain - Loubna Abidar - Film Much loved

Aller plus loin

Ali Zaoua ressort au cinéma, les recettes reversées aux acteurs du film

Le réalisateur marocain Nabil Ayouch est de retour dans les salles de cinéma avec une version plus actuelle de son film Ali Zaoua, sorti il y a 20 ans. Les recettes de ces...

Des acteurs marocains se révoltent (vidéo)

Les acteurs marocains ont organisé un sit-in devant le siège du ministère des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger pour...

L’actrice Loubna Abidar menacée de mort

Loubna Abidar, l’actrice principale du dernier film polémique de Nabil Ayouch « Much loved » (Zin li fik), est victime de menaces de mort. C’est elle même qui l’a affirmé hier.

Much loved : un acteur arrêté pour fausse plainte d’agression

L’acteur qui joue le rôle du Saoudien dans le film de Nabil Ayouch "Much loved", a été arrêté pour avoir fait une fausse plainte selon laquelle il aurait été agressé à l’arme...

Ces articles devraient vous intéresser :

L’actrice marocaine Souad Saber met fin de sa carrière

La comédienne marocaine Souad Saber, figure emblématique du cinéma et de la télévision marocains, a annoncé son retrait de la scène artistique marocaine.

Gad Elmaleh : à combien s’élève sa fortune ?

Gad Elmaleh, 52 ans, est un humoriste et acteur maroco-canadien, actif depuis plus de 25 ans. Il est surtout connu en France pour ses spectacles de stand-up. À combien s’élève la fortune de l’ex-compagnon de Charlotte Casiraghi ?

Dounia Boutazout sous le feu des critiques : sa réponse cinglante

Critiquée par ses collègues pour son apparition dans plusieurs séries et films programmés durant ce mois de ramadan, l’actrice marocaine Dounia Boutazout répond via un post sur son compte Instagram.

Tourné au Maroc, « Marie » clashé par le public

Les internautes ne sont pas tendres avec le film Marie, tourné à Chefchaouen (Maroc), qui cartonne pourtant sur Netflix depuis quelques jours.

Du nouveau sur le film Gladiator 2 tourné en partie au Maroc

Après une suspension due à la grève des acteurs de cinéma d’Hollywood, le tournage du film américano-britannique Gladiator à Malte reprend bientôt. Une partie du film a été déjà tournée à Ouarzazate, au Maroc.

Sur Al Oula, une scène jugée humiliante pour l’homme marocain

L’actrice Sahar Seddiki essuie des critiques de la part des internautes à cause d’une scène de la série dramatique et sociale « Jarah Qadim » (“Une ancienne blessure”), diffusée sur la chaîne Al Aoula pendant le ramadan, la montrant en train de...

Tournages étrangers au Maroc : des revenus en forte hausse

Les revenus issus du tournage de films étrangers au Maroc ont connu une forte augmentation.

Rachida Brakni n’a pas forcément apprécié son tournage au Maroc

Rachida Brakni a partagé son expérience mitigée sur le tournage du film « Lonely Planet » (Netflix) au Maroc. Ce projet, qui l’a vue donner la réplique à des stars internationales comme Laura Dern et Liam Hemsworth, s’est révélé en demi-teinte pour la...

Buzz, fric et clashs : La (mauvaise) recette des artistes marocains

De plus en plus d’artistes marocains se tournent vers les réseaux sociaux, notamment Instagram et TikTok, pour interagir avec leur public et générer des revenus. Cette tendance suscite toutefois des critiques, certains pointant du doigt le recours à...

Tarek Boudali : l’accident sur un tournage qui aurait pu lui coûter la vie

L’acteur franco-marocain Tarek Boudali se confie sur le tournage de son nouveau film intitulé 3 Jours max, au cours duquel il s’est gravement blessé.