Offensive contre l’islamisme radical au Maroc

20 février 2003 - 14h24 - Maroc - Ecrit par :

Cinq peines capitales requises au Maroc contre des membres présumés d’une "cellule" d’Al Qaïda marquent un point d’orgue dans une offensive conduite par les autorités du royaume contre l’islamisme radical et le terrorisme.

La peine de mort a été requise mardi à Casablanca contre trois Saoudiens et deux Marocaines, arrêtés en mai 2002 et accusés d’avoir préparé des attentats contre des navires occidentaux transitant par le détroit de Gibraltar et contre des cibles marocaines, dont des cafés de la place Jemaâ El Fna de Marrakech.

Les avocats de la défense, rejoints par des responsables islamistes et des organisations de défense des droits de l’Homme, ont dénoncé le déroulement de la procédure ainsi qu’une "campagne d’arrestations et de procès" dans les milieux islamistes radicaux.

Plusieurs témoignages publiés dans la presse marocaine ont fait état de "dérapages", policiers et judiciaires, dans les affaires où les islamistes sont impliqués.

Ils ont ainsi dénoncé, dans le cas de la "cellule" Al Qaïda, l’absence de preuves matérielles et les nombreuses irrégularités de procédure, mais aussi des arrestations arbitraires et le recours à la torture pour arracher les "aveux" des accusés, fustigeant un retour aux pratiques des "années de plomb".

Les autorités ont démenti ces accusations, tout en laissant filtrer les préparatifs d’un projet de loi "anti-terroriste" destiné à donner les coudées franches à l’appareil sécuritaire dès lors que le soupçon de "terrorisme" - entendu dans un sens particulièrement large - pourra être mis en avant.

Les coups de filets policiers se sont multipliés depuis le début de l’année dans les milieux islamistes considérés comme radicaux.

Des peines de prison ferme, dont une de 20 ans, ont été prononcées le 14 janvier à Casablanca à l’encontre de la plupart des membres d’un groupe intégriste, Assirat Al Moustaqim ("le droit chemin"), accusés du meurtre d’un homme par lapidation.

Le mouvement fondamentaliste Salafia Jihadia a fait l’objet par plusieurs arrestations, dont celle du prédicateur Hassan Kettani à Salé (près de Rabat), considéré comme l’une de ses "têtes pensantes".

M. Kettani a été relâché tandis que onze de ses sympathisants étaient à leur tour arrêtés pour "constitution de bande criminelle".

Les opérations lancées contre les islamistes ont pris un tour très politique dans la mesure où elles mettent en cause le Parti Justice et développement (PJD), un parti islamiste "modéré" devenu la principale force d’opposition du pays, après une percée électorale réalisée en septembre dernier.

La presse socialiste et certains journaux indépendants alertent fréquemment les autorités et la population sur les risques que ferait courir à la stabilité du royaume une "montée de l’obscurantisme et du fascisme".

Ces journaux assurent qu’il existe des "connivences" entre le PJD et des mouvements intégristes et l’association radicale Al Adl Wal Ihssane (Justice et bienfaisance, tolérée mais non reconnue) dont 13 membres seraient "infiltrés" au sein du groupe parlementaire du PJD.

La polémique s’est étendue au terrain culturel. Après que le PJD eut réclamé l’interdiction d’un film du réalisateur marocain Nabil Ayouch, en raison de séquences jugées "obscènes", un spectacle de l’humoriste français Laurent Gerra, accusé de défendre des positions "pro-sionistes", a été dénoncé par des sympathisants de ce parti.

Neuf d’entre eux ont été condamnés à des peines de prison pour avoir manifesté à Casablanca contre le spectacle de l’humoriste français.

Les dernières déclarations attribuées à Oussama Ben Laden, diffusées le 11 février sur la chaine Al Jazira, ne sont pas de nature à ralentir l’offensive contre l’islamisme radical.

Le chef d’Al Qaïda y citait en effet le Maroc parmi les "régimes apostats" dont les musulmans devraient "se libérer".

AFP

Bladi.net Google News Suivez bladi.net sur Google News

Bladi.net sur WhatsApp Suivez bladi.net sur WhatsApp

Sujets associés : Terrorisme - Al Qaïda - Procès - Peine de mort - Hassan Kettani - Omar El Haddouchi

Ces articles devraient vous intéresser :

Maroc : les casinos sous haute surveillance

Dans le cadre de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, les services compétents du ministère de l’Intérieur ont effectué des missions de contrôle dans sept casinos entre avril et septembre 2024, et démantelé plusieurs...

Il y a 13 ans, Imad Ibn Ziaten était assassiné par Mohamed Merah

Toulouse accueille ce mardi 11 mars l’hommage national aux victimes du terrorisme. Latifa Ibn Ziaten, dont le fils Imad a été assassiné par Mohamed Merah il y a treize ans, est une figure active de la lutte contre la radicalisation et de la promotion...

Blanchiment d’argent : Le Maroc serre la vis et ça paye

La lutte contre les activités de blanchiment des capitaux et de financement du terrorisme connaît des progrès significatifs au Maroc. En témoigne le nombre de déclarations de soupçon reçues par l’Autorité nationale du renseignement financier (ANRF) en...

Coup de filet au Maroc contre une cellule terroriste planifiant des attaques

Cinq individus, âgés entre 22 et 46 ans, soupçonnés d’appartenir à l’organisation terroriste Daesh et de préparer des attentats contre des installations vitales et des institutions sécuritaires, ont été arrêtés par les forces de sécurité marocaines.

Un dangereux complot terroriste déjoué au Maroc

Le Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ) a réussi à déjouer un plan terroriste dangereux visant le Maroc, commandité par un haut dirigeant de Daech dans la région du Sahel.