Les transferts MRE gomment le déficit commercial

2 février 2007 - 16h58 - Economie - Ecrit par : L.A

Plus 110 milliards de DH. Les exportations auront bouclé l’année 2006 avec une croissance de 11,2% sur un an, rattrapées en décembre par les importations qui augmentent de 11% à 204,6 milliards de DH, selon les derniers chiffres de l’Office des changes.

Les prévisions du Conseil national du commerce extérieur (CNCE) étaient plus optimistes et tablaient sur une augmentation de 14% contre 10% seulement pour les importations. L’effet ciseaux n’aura finalement que très peu jouer. La performance des ventes à l’étranger reste toutefois bonne. Surtout comparée aux résultats qui ont prévalu de 2001 à 2005. La croissance moyenne de cette période ne dépassait pas les 5%.

Les exportations 2006 sont tirées par une activité mondiale très dynamique qui s’est cristallisée dans la forte demande adressée au Maroc. Celle-ci, boostée par une légère détente des prix des matières premières, une appréciation du dollar par rapport à l’euro et une dépréciation du dirham face à ce dernier, a joué en faveur de la compétitivité-prix des exportations, selon l’Institut national d’analyse de la conjoncture (INAC).

Par exemple, en décembre dernier, le dirham s’est déprécié de 0,45% vis-à-vis de l’euro, d’après la Banque centrale. La demande des non-résidents s’est aussi traduite par l’explosion des recettes voyages. Celles-ci caracolent à environ 53 milliards de DH, en hausse de 29,2%. Le secteur touristique s’affirme et propose des atouts le positionnant de plus en plus sur l’échiquier du commerce international. Les recettes touristiques dépassent pour la deuxième année consécutive les transferts MRE qui ont quand même réussi une progression de 17,2% à 47,7 milliards de DH. L’excédent des recettes voyages additionné aux montants des transferts MRE comble à lui seul le déficit de la balance commerciale qui est de 94,23 milliards de DH en 2006. Le solde du compte courant de la balance des paiements préserve ainsi son trend positif pour la sixième année consécutive.

Qu’est-ce qui a valu aux exportations ce doublement des performances ? Avec une croissance de 14%, l’année aura été un très bon cru pour le textile marocain ou tout du moins pour sa composante habillement. Les exportations des vêtements confectionnés laissent apparaître une progression importante à partir de février. La montée en puissance des clients espagnols dans le chiffre d’affaires de l’habillement marocain y est pour beaucoup. Les vêtements confectionnés ont généré à l’exportation près de 21 milliards de DH, enregistrant une hausse de 17% par rapport à 2005. Le pic avait été atteint en octobre avec une croissance de 38%. La confection a représenté, par ailleurs, près de 20% des exportations manufacturées marocaines. Rappelons que le secteur, considéré actuellement comme l’un des métiers mondiaux du Maroc, avait montré des signes d’essoufflement depuis 2003 avec une année noire en 2005. L’expiration de l’accord multifibre et le renforcement de la concurrence des pays asiatiques ont failli achever des filières. La bonne performance de 2006 est notamment due au rétablissement des quotas sur les importations chinoises à destination de l’UE. Un répit qui courra encore jusqu’à fin 2007.

Bonne performance également pour l’acide phosphorique dont les exportations ont évolué de 14% à 8,7 milliards de DH malgré une baisse de tonnage de 5,1%. Enfin, les composants électroniques ont aussi apporté de l’eau au moulin : +13% à 6,1 milliards de DH.

Quid des importations ? 2006 a enregistré plus de 204,6 milliards de DH d’achats à l’étranger, soit 20,2 milliards de plus que l’année précédente. L’essentiel de la hausse est imputable aux achats hors pétrole. Malgré les fluctuations des cours du brut sur les marchés internationaux, la facture pétrolière n’a pas particulièrement pesé sur les importations. Celle-ci représente une valeur de 25,1 milliards de DH en hausse de 5,1% par rapport à 2005, une année déjà exceptionnelle. Le Maroc a importé près de 6,2 millions de tonnes de pétrole, un volume en régression de 11,3% sur un an. Le recul du volume implique un renchérissement du prix moyen de la tonne importée de 18,4%, soit 4.020 DH au lieu de 3.394 DH un an plus tôt. Au premier rang des produits acquis à l’étranger, avec une part de 23,5%, les demi-produits ont totalisé plus de 48,8 milliards de DH contre 40,8 en 2005 (+17,5%).

Les biens d’équipement, qui renseignent sur l’effort d’investissement du pays, dont la croissance a été exceptionnelle avec 7,6% annoncés, ont progressé de 15%. Ils s’élèvent à 44,3 milliards de DH. Les acquisitions d’avions, de fils et câbles pour l’électricité ainsi que des tracteurs agricoles et autres véhicules industriels y sont pour beaucoup.
A comparer avec les crédits à l’équipement qui ont fini l’année 2006 à 63,9 milliards de DH (+18,6%). Conséquence directe de la croissance économique, une facture énergétique plus salée. La consommation d’énergie a coûté plus de 44 milliards de DH contre 39 milliards en 2005, se hissant au second rang des importations avec une part de 21%.

Et en 2007 ?

Comment se comportera le commerce extérieur en 2007 ? La hausse des exportations se consolidera-t-elle, augurant d’une donnée structurelle ? Avec l’hypothèse d’une année agricole moyenne et le renchérissement des prix du pétrole, les exportations évolueraient au taux annuel moyen de 8,4%, pronostique le ministère des Finances dans son rapport économique et financier accompagnant la loi de Finances 2007. Hors phosphates et dérivés, promis à une croissance de 14,3%, les ventes à l’extérieur croîtraient de 7,2%. Les importations, quant à elles, devraient se développer pendant la même année au rythme de 8,8%. Les acquisitions des biens d’équipement augmenteraient au taux de 12,4%, celles des biens de consommation verraient leur valeur croître de 7,1% alors que les achats à l’étranger des demi-produits marqueraient une extension de 10,9%.

Le déficit commercial s’établirait à 19,9% du PIB. Il devrait être largement compensé par les transferts des MRE qui connaîtraient un accroissement de 8,5% et par l’amélioration des recettes voyages de l’ordre de 7%.

Des mouvements contrastés qui donneront lieu à un excédent du compte courant de la balance des paiements de 2,1% du PIB, toujours selon le même rapport.

L’Economiste - Amine Boushaba

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