Le ramadan chez les jeunes franco maghrébins

8 novembre 2003 - 16h10 - France - Ecrit par :

Dans le cadre du centre socioculturel « Agora » situé au coeur du quartier Bel-Air à Cernay, nous avons rencontré quelques jeunes adolescents, filles et garçons originaires du Maroc et d’Algérie (il y a très peu de Tunisiens) pour une discussion autour de la religion en général et du ramadan en particulier.

Pour Karima, de famille algérienne, 15 ans, en classe de 3ème, la religion est une chose très importante : « c’est une règle de vie qui compte plus que les autres », dit-elle. Karima observe le ramadan depuis l’âge de 11 ans. « On est trois à le faire dans ma classe ; on en parle avec certains profs, mais d’autres ne le savent peut-être pas. La journée passe vite, le moment le plus difficile est le midi. Pendant le ramadan, je pense plus positivement, je vois mieux la différence entre le bien et le mal ».

Sam, 17 ans, d’origine algérienne, prépare un BTS de physique au lycée Louis-Armand. La religion est importante pour lui aussi. Il précise : « l’intégration veut dire qu’il n’y a pas de différence, qu’on est tous les mêmes ». Et d’ajouter : « la religion est une affaire personnelle, c’est pour être dans le droit chemin et préparer sa vie d’adulte ». Le ramadan, il le suit depuis l’âge de 11 ans. « Pour faire comme le prophète. Mais on ne peut pas commettre des attentats au nom de Dieu ! », ajoute le jeune homme. « Je me sens mieux personnellement, sauf quand les filles viennent me provoquer ! » (pendant le ramadan, le musulman s’abstient de toute relation sexuelle : Ndlr)

« Afficher ma foi »

Samia, 13 ans, en classe de 4ème, est d’origine à la fois marocaine et algérienne. « Quand je suis en classe, ma mère veut que je fasse le ramadan seulement un jour sur deux. Ce n’est pas difficile, même si parfois les copines nous énervent un peu en nous montrant des friandises ». Elle insiste aussi sur l’importance de la religion, « même si je suis la plus jeune ici ! »

Karima, 16 ans, d’origine algérienne, est en seconde au lycée Charles-Pointet de Thann. « J’ai la religion de mes parents, dit-elle, c’est très important dans notre famille ». Le ramadan, elle le fait pour la troisième année. « C’est difficile vers midi, mais on peut rester dans un coin du lycée et on ne paye pas la cantine pendant cette période ! ». Le voile ? « Ça m’arrive de le mettre, c’est moi qui choisis. Si je l’ai à la maison, je le garde pour sortir. Je compte le mettre bientôt de façon définitive, parce que cela me plaît d’afficher ma foi ».

« Ça me dégoûte ! »

Mourad, d’origine marocaine, est déjà, à 16 ans, en première technologique au lycée Lavoisier. Son objectif, passer un Bac et un BTS en chimie. Il renchérit sur le voile : « les filles qui portent le voile, c’est leur choix. Je préfère celles qui ne le portent pas : quand je vois une fille avec un beau visage mais un voile par-dessus, ça me dégoûte ». Mais le garçon s’empresse d’ajouter : « ma femme, il faudra qu’elle porte le voile ! ». La discussion s’anime vraiment et Mourad précise encore : « la religion, ce n’est pas très important pour moi, les études passent avant. Mais je fais le ramadan, j’y suis obligé parce que tout le monde le fait dans ma famille. Il y a des fois où c’est dur, surtout en sport, je sens que je suis faible et que je manque d’énergie ». Et il conclut : « je suis fier d’être un musulman, on se sent solidaires ».

Sarah, 18 ans, d’origine algérienne, a terminé ses études et cherche du travail dans la vente. « Pendant le ramadan, je reste à la maison et je prépare le repas du soir, nous sommes une vingtaine ! Je confectionne les boureck » (un mélange de viande hachée avec pommes de terre et oeufs dans une feuille de brick, que l’on fait frire : Ndlr).

Machos

Sarah fait le ramadan depuis l’âge de 12 ans : « c’est un pilier de l’Islam, on peut vraiment ressentir ce qu’est la pauvreté si on ne mange pas de la journée ». Elle regrette que les femmes n’aient pas de lieu de prière à Cernay et que les garçons se montrent aussi machos. « Parfois, nos parents ne veulent même pas qu’on vienne ici ».

Yamina, lycéenne de 16 ans d’origine algérienne, est très respectueuse de la famille et de la religion. « Chacun a sa religion, pour moi c’est mieux que de ne croire en rien ! ». La jeune fille précise que, durant le mois du ramadan, sa famille accueille chaque soir un célibataire du foyer Cotrami. « Avant la fête de l’Aïd el-Fitr (qui marque la fin du ramadan : Ndlr), chacun de nous devra donner une aumône pour les pauvres : elle est de 5 € cette année ». Yamina n’est pas encore prête pour la prière (autre pilier de l’Islam : Ndlr), et regrette, comme Sarah, que les garçons se croient toujours supérieurs aux filles !

P. Br. pour dna.fr

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