Poursuivis au départ pour « extorsion de fonds par menace » et pour « chantage », les juges d’instruction ont finalement abandonné le premier chef d’accusation contre les deux journalistes français, auteurs de l’ouvrage « Le roi prédateur » publié en 2012 sur le roi Mohammed VI, rapporte l’AFP qui a pu avoir accès à leur ordonnance en date du 2 février. « En termes voilés, déguisés sous des réticences, Eric Laurent […] a menacé Mohammed VI, la famille royale et le Royaume du Maroc de révéler des informations de nature à porter gravement atteinte à la réputation de la famille royale et à déstabiliser le régime en place, pour obtenir le versement […] d’une somme d’argent disproportionnée et injustifiée », ont indiqué les juges dans cette ordonnance.
Pour les avocats d’Eric Laurent, Me William Bourdon et Me Bertrand Repolt, « comme trop souvent, l’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel est un copier-coller du réquisitoire », ajoutant que « depuis l’origine, une mécanique judiciaire s’est mise en route avec tapage et orchestration, sans aucun fondement factuel. Eric Laurent devra être relaxé du chef d’accusation de chantage ». Dans le même sens, Me Eric Moutet, avocat de Catherine Graciet, a déclaré que sa cliente « se réjouit de pouvoir enfin s’expliquer devant un tribunal après une instruction n’ayant démontré aucune participation directe au moindre chantage », dénonçant par ailleurs une « démonstration lapidaire et laborieuse soutenue par des éléments indirects et très fragiles ». De son côté, Me Antoine Vey et Me Ralph Boussier, avocats du Maroc, ont salué la décision les juges, précisant qu’elle « démontre un comportement extrêmement préoccupant qu’il reviendra au tribunal de qualifier ».
L’affaire remonte à l’été 2015, où les deux journalistes français avaient signé un second contrat d’édition avec Le Seuil, pour publier un autre ouvrage sur la famille royale marocaine. Dans ce cadre, Eric Laurent, ancien reporter de Radio France et du Figaro Magazine, avait à sa demande, rencontré l’avocat Hicham Naciri, un émissaire de la monarchie, pour lui faire part de son projet de publication d’un second ouvrage « embarrassant » sur Mohammed VI. Selon la version du journaliste, l’émissaire lui aurait proposé un accord financier en vue de la non-publication de l’ouvrage. Faux, avait répliqué à l’époque Me Eric Dupond-Moretti, alors avocat du royaume au début de la procédure, qui a assuré que c’est plutôt le journaliste qui aurait réclamé deux millions d’euros pour abandonner le projet.
Le Maroc a déposé une plainte à Paris le 20 août et une enquête a été ouverte. Mais les deux parties se sont rencontrées à nouveau les 21 et 27 août pour négocier la somme à deux millions d’euros. Présente à la rencontre du 27 août, Catherine Graciet avait marqué son accord. « Je suis d’accord avec les modalités qu’Eric a énoncées. Nous sommes sur la même longueur d’ondes », peut-on lire dans la retranscription de l’enregistrement audio des échanges réalisé en cachette par l’émissaire du roi. Des enregistrements jugés « illégaux » par la défense des deux journalistes qui estiment qu’ils ont été réalisés après l’ouverture de l’enquête judiciaire.