Un exil difficile : témoignages d’immigrés marocains

9 août 2002 - 16h41 - Espagne - Ecrit par :

Les relations diplomatiques du Maroc avec l’Espagne sont tendues. Toutefois, cela n’empêche pas des milliers de Marocains de s’installer en terre hispanique, cherchant à assurer leur avenir et devenir. Témoignages.

Sur cette allée piétonne en bord de mer, l’une des plus fréquentées de la Costa Del sol, située entre Benalmadena et Torremolinos, des dizaines de marchands tentent d’attirer de nombreux touristes venus du monde entier.

Parmi eux, une douzaine de Marocains. Avec leurs étalages à même le sol, ils vendent maintes babioles dont des objets artisanaux, des bijoux fantaisistes, des tenues de foot ramenées du pays et autres.

Aziz 41 ans, propose des jouets. C’est grâce à cela, qu’il assure son pain quotidien pendant les deux mois d’été. Ses bénéfices dépassent souvent l’équivalent des 10.000 dirhams. Le reste de l’année, il gagne un peu moins en vendant des habits dans les différents marchés de la région.

Mais pour vendre sur les paseos espagnols, les risques ne sont pas moindres. Il explique : « Je n’arrive pas à obtenir une autorisation légale pour vendre sur le paseo. Du coup, je suis toujours embêté par les policiers qui me confisquent ma marchandise. Cette semaine, ils m’ont tout pris quatre fois de suite. Pour récupérer la marchandise, il faut payer une amende de 300 euros, environ 3000 dirhams. »

« Tous les immigrés ne sont pas des harragas
Aziz n’est pas le seul dans ce cas. La police espagnole ne badine pas avec les hors la loi et encore moins avec les sans-papiers. Sur ce point, le problème n’existe pas. Tous les marchands de la côte ne sont pas des pateras.

L’un d’eux nous confie : « Ici les sans-papiers n’ont aucune chance d’échapper aux contrôles de police. Dès que ces derniers font leur randonnée, ils s’éloignent aussitôt des côtes pour se réfugier dans les régions agricoles du pays où la main d’œuvre bon marché est fortement recherchée. »

Malgré cela, les marchands marocains même dotés d’un titre de séjour se plaignent. Hamid, 29 ans, se révolte : « On se débrouille comme on peut en gagnant notre vie honnêtement sans penser à faire de trafic de haschich ou d’autres choses illégales mais les autorités de ce pays refusent de nous délivrer des permis de vente. Qu’elles nous trouvent un autre travail, alors ! »

Quant à Khalid, âgé de 44 ans, c’est davantage à son pays maternel qu’il en veut : « Toute l’année, je me saigne avec mon épouse pour pouvoir rentrer au pays et y dépenser de l’argent. Pourtant, le gouvernement marocain se préoccupe très peu de notre sort. Il faut que les responsables marocains interviennent pour casser ce cliché où presque tous les Marocains, à l’excepté des touristes, sont considérés comme des harragas et des bandits. »

Aujourd’hui, le Maroc se préoccupe de plus en plus de ses résidents vivant à l’étranger. L’immigration vers l’Espagne est récente et encore réservée à une minorité. Elle tend par-contre à s’amplifier. Les témoignages de ces marchands font appel à une attention plus soutenue.

Abla Ababou pour menara

Bladi.net Google News Suivez bladi.net sur Google News

Bladi.net sur WhatsApp Suivez bladi.net sur WhatsApp

Sujets associés : Espagne - Immigration

Ces articles devraient vous intéresser :

Expulsions de France : autrefois protégés, ils sont désormais visés

Depuis la promulgation de la nouvelle loi « asile et immigration » en France, les expulsions sous OQTF visent désormais plusieurs catégories d’étrangers autrefois protégées par la loi.

Des Marocains réduits à l’esclavage dans le Lot-et-Garonne

Vingt travailleurs marocains ont été exploités dans des conditions indignes par une agricultrice du Lot-et-Garonne. Attirés par la promesse d’un contrat de travail et d’une vie meilleure, ils ont déboursé 10 000 euros chacun pour rejoindre la France.

Les Marocains parmi les plus expulsés d’Europe

Quelque 431 000 migrants, dont 31 000 Marocains, ont été expulsés du territoire de l’Union européenne (UE) en 2022, selon un récent rapport d’Eurostat intitulé « Migration et asile en Europe 2023 ».

Ouverture exceptionnelle de la frontière entre le Maroc et l’Algérie

La frontière entre l’Algérie et le Maroc a été exceptionnellement ouverte cette semaine pour permettre de rapatrier le corps d’un jeune migrant marocain de 28 ans, décédé par noyade en Algérie.

France : les étrangers en règle désormais fichés

Un durcissement du traitement administratif des étrangers, même en règle, se dessine à Nantes. Une note interne de la police dévoile une procédure inédite qui fait grincer des dents.

Un réseau familial marocain démantelé dans le Lot-et-Garonne

Les gendarmes de la Brigade de recherches de Bouliac ont démantelé un réseau d’exploitation d’ouvriers agricoles. Six personnes ont été mises en examen jeudi 12 décembre, dont un couple de Marocains placé en détention provisoire.

L’Europe délivre un nombre record de permis de travail aux Marocains

Eurostat, institution relevant de la Commission européenne chargée de produire et diffuser des statistiques communautaires, a dévoilé le nombre de Marocains ayant obtenu les permis de travail temporaire en 2023.