La crise immobilière s’accentue à Tanger

15 mars 2009 - 13h51 - Economie - Ecrit par : L.A

L’immobilier à Tanger connaît des fortunes diverses selon le standing. Alors que le moyen gamme et l’économique sont peu affectés, avec une demande excédant l’offre, le haut de gamme et les résidences touristiques traversent une période de vaches maigres.

Corollaire de la crise financière internationale, le secteur de l’immobilier dans la capitale du Détroit est directement affecté, notamment pour ce qui est du haut standing et des résidences touristiques. Quant au logement social et économique, il a été le plus affecté par les agissements des spéculateurs et par la levée des conditions restrictives voulant que seuls les citoyens aux revenus modestes en bénéficient. Pour le moyen standing, c’est l’exception dans la mesure où la demande dépasse l’offre.

Selon Abdelhaï Sbaï, promoteur immobilier tangérois et l’une des références en la matière dans la zone Nord, la crise sévit à des degrés divers selon le standing. A ce titre, il classe les constructions dans quatre catégories, à savoir le social et l’économique ; le moyen standing ; le haut standing ; et, enfin, les résidences touristiques, bien parties d’après lui pour une longue traversée du désert.

Levée

Pour le social et l’économique, les choses ont sensiblement évolué depuis le lancement par feu Sa Majesté Hassan II du programme des 200.000 logements. A l’époque, il avait été clairement spécifié que seuls les ménages aux revenus cumulés n’excédant pas les 3600 dirhams pouvaient bénéficier d’un appartement de cette catégorie. Et, comme le taux d’intérêt était très fort, l’Etat prenait 2% à sa charge pour soulager le fardeau de l’imposition à des familles ne pouvant se permettre aucun superflu. Par la suite, il a été décidé de lever toute forme de restriction sur le logement social, au moment même où les intérêts bancaires ont été revus à la baisse. Conséquence, les spéculateurs ne se sont pas fait prier pour s’engouffrer dans la brèche.

Ainsi, à Tanger -comme ailleurs du reste- des individus dont la fortune est parfois sujette à quelques interrogations ont tôt fait de faire main basse sur huit ou dix appartements d’une traite, voire davantage, et disparaissaient dans la nature, le temps que les prix grimpent. Par la suite, le citoyen au revenu modeste à qui ces appartements étaient en principe destinés, devait nécessairement passer par ces individus en ajoutant quelques dizaines de milliers de dirhams de plus. En gros, le logement social et ordinaire a permis à une poignée d’individus de s’en mettre plein les poches, profitant d’une libéralisation sauvage du marché, suivant les recommandations du fondateur du courant néo-libéral Freidrich Hayek.

Concernant le moyen standing, curieusement, il fait mieux que tirer son épingle du jeu à Tanger. Nonobstant le contexte de crise extrêmement sévère qui frappe le secteur de la construction à l’échelle internationale et plus particulièrement l’Espagne, la demande excède l’offre, à en croire M. Sbaï.

Demande

Et de préciser : « Le Fogarim (Fonds de garantie immobilière) a été étendu aux appartements à hauteur de 800.000 dirhams alors qu’au début il concernait uniquement le social et l’économique. Cela a eu pour effet de susciter davantage l’intérêt des citoyens pour cette catégorie. On ferme les yeux sur les justificatifs des revenus puisqu’on sait qu’il est difficile d’établir avec exactitude les revenus d’un grand nombre de Marocains. Et même quand ils ont des revenus déclarés comme les fonctionnaires ou les employés, ils peuvent avoir d’autres ressources. Officiellement, on entend par moyen standing les appartements dont la valeur oscille entre 400.000 et 800.000 dirhams et doivent profiter en principe à des ménages ayant des revenus entre 5000 et 8000 dirhams. Globalement, on assiste à un regain d’intérêt pour le moyen standing ».

Quant au standing supérieur tangérois, c’est la morosité. Sa clientèle se compose à 40% d’étrangers et de MRE, et le reste de clientèle local. Les intervenants du secteur sont unanimes à dire qu’il vaudrait mieux faire une croix provisoirement sur la première catégorie, celle des MRE et des étrangers car elle est très sévèrement touchée par la crise et doit attendre des lendemains meilleurs pour penser à des investissements à l’étranger.

Pour la clientèle marocaine, elle préfère attendre sagement et table sur la durée de la crise en cas d’une éventuelle baisse. Or, justement, les prix ne baissent pas proportionnellement à l’ampleur de la crise. Comment l’expliquer ? Surtout dans un contexte international comme en Espagne, par exemple, où ça dégringole franchement.

Imposition

D’abord, il y a le taux d’imposition pour le haut standing qui est passé de 8,75% à 30%, ce qui met les promoteurs immobiliers hors d’eux. Ensuite, le prix des matières premières, comme le fer qui est passé de 4 dirhams le kilo à 15 dirhams au comble de la flambée générée par le pétrole. Aujourd’hui il est à 7,5 dirhams, mais tout le reste a aussi augmenté, du ciment à la peinture, en passant par la main d’œuvre. En outre, ce qui rend fou de rage les promoteurs marocains, ce sont les facilités accordées à quelques investisseurs étrangers qui bénéficient même de lotissements interdits aux Marocains.

Bref, ceux qui ont concentré leurs investissements dans le haut standing s’en mordent les doigts et doivent envisager le spectre d’une crise durable probablement ponctuée par des ventes à perte en attendant l’embellie.

Reste la catégorie des résidences touristiques, et là, ça s’annonce pire que le haut standing, puisque la clientèle visée, essentiellement européenne, est frappée de plein fouet dans un contexte de flambée des prix qui ne permet plus à l’Européen moyen de s’en sortir. Dans la Région de Tanger-Tétouan, la zone touristique s’étendant entre Mdiq et Sebta risque de broyer du noir pour un bon de temps selon de nombreux intervenants des secteurs immobilier et touristique.

Source : Maroc Hebdo - I. Harakat

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