A Tanger, Tétouan, Casablanca ou Rabat, la même scène se répète chaque jour et intrigue les passants. « Ces gens ne sont pas tous demandeurs de visa », nous explique-t-on, mais le processus de régularisation annoncé dernièrement par les autorités espagnoles y est pour beaucoup.
En effet, pour participer à ce processus, les Marocains qui se trouvent en situation illégale en Espagne doivent réunir un dossier comportant certains documents qui doivent obligatoirement être visés par les services consulaires ibériques au Maroc. Ainsi, pour des milliers de Marocains qui souhaitent régulariser leur situation, leurs familles se chargent de réunir ces papiers et les faire avaliser auprès des consulats. Il en est ainsi pour tous les Marocains se trouvant illégalement en Espagne, sauf pour ceux qui résident dans la région de Madrid. Ils sont obligés de faire parvenir à des membres de leurs familles des procurations leur permettant de demander, en leur nom, ces extraits du casier judiciaire ou des fiches anthropométriques. Documents qui ne sont délivrés que par les tribunaux et les commissariats de police, mais qui peuvent être exceptionnellement sollicités auprès du consulat marocain à Madrid.
L’extrait du casier judiciaire est indispensable pour les « sans papiers » pour pouvoir postuler un contrat de travail et par la suite, demander la régularisation de leur situation dans le cadre d’un processus qui démarre le 07 février prochain. Selon les services de l’émigration et de l’extranéité espagnols, cités par la presse, ils ne seront admis dans cette démarche de régularisation que ceux parmi ces « sans papiers » qui ont pu décrocher un contrat de travail auprès des entreprises espagnoles. Et pour pouvoir contracter un emploi, il faut impérativement produire deux documents : un extrait de casier judiciaire ou une fiche anthropométrique délivrés par les autorités marocaines et un certificat attestant que l’intéressé se trouvait sur le territoire espagnol avant la date du 07 août de l’année dernière.
Et devant la perspective d’un flux massif de ces demandes de régularisation qui se compteront en centaines de milliers, l’Espagne met en place une logistique appropriée. En Andalousie, les services du gouvernement comptent ouvrir au moins 16 bureaux de sécurité sociale pour recueillir les demandes de régularisation.
Par ailleurs et selon des responsables du ministère de l’intérieur espagnol, les statistiques dont le département dispose indiquent qu’en Espagne, vivent actuellement plus d’un million d’immigrés clandestins. Ces personnes en situation irrégulière ne seraient, toutefois, pas toutes régularisées comme le stipule le processus de régularisation annoncé pour le 07 février. Le président du gouvernement avait, en effet, annoncé que le processus allait concerner théoriquement seulement 800.000 immigrés en situation illégale en Espagne, selon des conditions que le gouvernement avait fixées.
En outre, et dans un entretien accordé récemment au quotidien El Pais, le ministre de l’intérieur, Jesús Caldera, a soutenu que la société espagnole peut absorber un taux d’émigration dépassant les 8 à 10% de la population totale. L’Espagne compte actuellement environ 7% d’émigrés dont ceux en situation illégale.
Une proportion de 10% serait un maximum raisonnable, explique le ministre, en tenant compte des nécessités du marché de travail et des possibilités d’intégration de ces personnes.
Jesús Caldera affirme, en outre, selon le même quotidien, qu’il est convaincu que le processus de régularisation devrait mettre fin à « la dramatique situation des sans papiers » et réduire sensiblement les flux de l’émigration clandestine. Car, selon lui, ce processus ne devrait en aucun cas être assimilé à un effet d’appel, comme le soutiennent certaines composantes de la société espagnole.
En effet, explique-t-il, le principal élément qui mobilise les mafias de ce trafic des vies humaines est la promesse d’un travail en noir, sans papiers. Et le meilleur moyen de combattre ces réseaux, assure-t-il, est de légaliser les emplois et d’exiger que ceux qui les occupent parmi les émigrés soient en situation régulière. Aussi, les contrôles et les inspections vont-ils être renforcés.
Tahar Abou El Farah - Libération