Les mineurs marocains fuient des centres d’accueil en Espagne

20 janvier 2004 - 18h58 - Espagne - Ecrit par :

La question des mineurs marocains en situation irrégulière en Espagne continue d’alimenter la polémique entre les autonomies et le gouvernement central. L’Andalousie, la région la plus concernée par la question, hausse le ton. Elle accuse le gouvernement d’avoir commis une “imprudence” en annonçant son accord avec le Maroc et visant le rapatriement de tous les mineurs installés illégalement dans la péninsule.

En conséquence directe de cette “imprudence”, affirment les responsables de la Junta, les centres d’accueil se vident progressivement. Une quarantaine de pensionnaires candidats potentiels au rapatriement ont déjà quitté les centres de l’Andalousie et se sont évanouis dans la nature. La crainte d’être refoulés gagne aussi ceux qui sont déjà parvenus à prendre pied dans la société espagnole. “Il y a des mineurs qui se sont déjà intégrés dans la société, qui mènent une vie normale, qui ont peur d’être arrêtés et refoulés”, affirme Alfonso Perales, conseiller du gouvernement de la “Junta de Andalucía” ; ceux-ci se sentent de plus en plus menacés par une éventuelle expulsion.
Aussi dans ce cas comme dans d’autres, affirme le conseiller du gouvernement autonome de l’Andalousie, le gouvernement de Madrid s’est prêté à un jeu de propagande sans doute pour démontrer la force et la fermeté avec lesquelles il a l’intention de mener à terme sa politique de l’émigration.
Alfonso Perales va plus loin en proposant au gouvernement central, affirme Europa Press, qu’il “centre tous ces efforts consacrés à l’appui de la politique de Bush à améliorer ses relations avec son voisin du Sud”.
Pour ce qui est du nombre exact des mineurs marocains vivant en Andalousie, qui vont faire incessamment objet de rapatriement comme le stipule l’accord entre les deux pays, le responsable andalou se dit incapable de fournir des chiffres exacts. Le séjour dans les centres d’accueil, explique-t-il, n’étant aucunement une forme d’incarcération, il est courant que les pensionnaires les quittent dès qu’ils trouvent un travail régulier ou irrégulier. Il n’en reste pas moins qu’en 2002, quelque 1676 nouveaux pensionnaires se sont inscrits dans les différents centres d’accueil de l’Andalousie, contre seulement 1410 une année auparavant. Au 31 décembre 2002, ces centres accueillaient quelque 250 émigrés mineurs alors qu’ils en comptaient 296 pendant la même période en 2003.
Le conseiller de la Junta qui intervenait à la fin de la semaine dernière dans le cadre de la “Foire andalouse de l’émigration”, constate, rapporte Europa Press, qu’en plus de la question des mineurs réglée par un accord entre l’Espagne et le Maroc, il reste encore plusieurs questions en suspens en matière d’émigration. La plus
responsable andalou, relève de la nécessité de recruter une main-d’œuvre temporaire à partir du Maroc pour des périodes de travail limitées tout en garantissant à ces ouvriers, durant leur séjour en Espagne, des conditions de vie adéquates.
Rappelons qu’en plus de l’accord signé entre les deux pays relatif au rapatriement des mineurs non accompagnés vivant illégalement sur le territoire espagnol, les autorités judiciaires avaient décidé, il y a quelques mois, d’autoriser le refoulement vers les frontières des jeunes âgés de plus de 16 ans.
Les deux décisions, loin de faire l’objet d’un consensus, continuent de partager la société espagnole. Des contestations ont fusé de partout. Des organisations politiques, syndicales et de défense des droits de l’Homme ont considéré aussi bien l’accord que la décision de la justice comme une régression flagrante en matière de protection des droits des mineurs.

Tahar Abou El Farah pour libération

Bladi.net Google News Suivez bladi.net sur Google News

Bladi.net sur WhatsApp Suivez bladi.net sur WhatsApp

Sujets associés : Immigration clandestine - Espagne - Enfant

Ces articles devraient vous intéresser :

Au Maroc, le mariage des mineures persiste malgré la loi

Le mariage des mineures prend des proportions alarmantes au Maroc. En 2021, 19 000 cas ont été enregistrés, contre 12 000 l’année précédente.

Mariage des mineurs au Maroc : des chiffres qui font froid dans le dos

Au Maroc, le chemin vers l’éradication du mariage des mineurs reste encore long et parsemé d’embûches. De quoi inquiéter le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, qui plaide pour des mesures législatives plus strictes.

Tourisme au Maroc : une saison estivale en demi-teinte

À l’heure où les Marocains résidant à l’étranger (MRE) retournent dans leurs pays d’accueil, les familles marocaines rejoignent leurs villes de résidence, pour préparer la rentrée scolaire de leurs enfants, les professionnels du tourisme font le bilan...

Maroc : un « passeport » pour les nouveaux mariés

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) appelle à la mise en place d’un « passeport » ou « guide » pour le mariage, dans lequel seront mentionnées les données personnelles des futurs mariés, ainsi que toutes les informations sur leurs...

Maroc : une sortie en voiture vire au drame

Une sortie en famille qui finit en tragédie. Deux sœurs de 19 et 10 ans sont mortes noyées samedi dans le barrage de Smir près de la ville de M’diq, après que l’aînée, qui venait d’avoir son permis de conduire, a demandé à ses parents à faire un tour...

Maroc : risque d’augmentation des mariages de mineures après le séisme

Le séisme survenu dans la province d’Al Haouz vendredi 8 septembre pourrait entrainer une multiplication des mariages de mineures, craignent les femmes sinistrées dormant désormais avec leurs filles sous des tentes dans des camps.

Booder se confie sur ses problèmes de santé

Invité sur l’émission Une heure avec… diffusée sur RFM, l’humoriste franco-marocain Booder a fait d’étonnantes révélations sur son enfance. Il a été très malade lorsqu’il était jeune.

Quand la rentrée scolaire pousse les Marocains à l’endettement

L’approche de la rentrée scolaire et la fin des vacances d’été riment souvent avec le recours aux prêts bancaires devant permettre aux parents marocains de subvenir aux besoins de leurs enfants. Et, les banques se livrent une concurrence très forte.

Un réseau familial marocain démantelé dans le Lot-et-Garonne

Les gendarmes de la Brigade de recherches de Bouliac ont démantelé un réseau d’exploitation d’ouvriers agricoles. Six personnes ont été mises en examen jeudi 12 décembre, dont un couple de Marocains placé en détention provisoire.

Ouverture exceptionnelle de la frontière entre le Maroc et l’Algérie

La frontière entre l’Algérie et le Maroc a été exceptionnellement ouverte cette semaine pour permettre de rapatrier le corps d’un jeune migrant marocain de 28 ans, décédé par noyade en Algérie.