Intempéries : les oubliés du Maroc "inutile"

3 octobre 2009 - 16h11 - Maroc - Ecrit par : • Journaliste Free lance, • Doctorant en Sciences Economiques, • Président du Forum de la Jeunesse Rurale FOJER

Le 10 octobre 2008, la province d’Errachidia et plus précisément la commune de Gourama a connu de fortes précipitations accompagnées de vents forts et de grêle atteignant des niveaux exceptionnels ce qui a provoqué d’énormes inondations sur la vallée de Guir qui traverse une dizaine de Douars avant de verser dans le territoire algérien.

Ces fortes inondations ont causé la mort de 4 personnes, leurs corps ont été retrouvés, par les autorités au bord d’oued Guir. Les fortes crues ont détruit également des dizaines d’habitations dans la commune de Gourama et la commune d’Oued Naame à Boudnib. Il est à préciser que toutes ces habitations sont construites en pisé, quant à l’économie vivrière locale qui assure la survie de la population, elle a été totalement ou partiellement détruite.

Suite à ces évènements tragiques et quelques jours après, une délégation ministérielle constitué de Madame la ministre de l’énergie de l’Eau et de l’environnement et M. le ministre de l’agriculture accompagnés du Wali de la région et du gouverneur de la province, se sont successivement rendus sur les lieux du drame annonçant qu’un plan d’action sera mis en place pour la mise à nivaux des communes touchées, Mais en réalité, qu’en est-il vraiment ? Des paroles, rien que des paroles, aucune action concrète !!!

Pour savoir véritablement ce que l’État a fait pour les victimes ou compte faire pour prévenir une telle catastrophe pour qu’elle ne se reproduise plus, nous nous sommes rendus à la commune de Oued Naam à Boudnib et plus précisément à Douar Elgoraane. Nous avons rencontré les victimes et des personnes ressources. Le Douar est l’une des campagnes qui ont connu des pertes énormes, une vingtaine d’habitations écroulées, destruction quasi-totale de l’économie vivrière composée essentiellement des récoltes céréalières, oliviers, palmiers dattiers ainsi que des hectares de luzernes qui garantissent la survie du bétail. Le pire c’est que les crues ont détruit les canaux d’irrigation, pierre angulaire de la vie en campagne, ce qui a laissé l’avenir de la population ambigüe. L’état de certaines familles est inimaginable voire déplorable, elles ont perdu presque tout, demeures et tout ce qu’il y a dedans. Bref, la rupture de l’activité dans la campagne.

Un an après ces inondations, les victimes de cette catastrophe n’ont reçu jusqu’à présent aucune aide de la part de l’Etat ni des collectivités locales. Heureusement, quelques bonnes volontés leur ont apporté des aides alimentaires à travers des dons gérés par les associations locales. Le gouvernement n’a ménagé aucun effort vis-à-vis des zones les plus sinistrées pour la relocalisation de ces populations vivants dans les zones dangereuses et victimes des inondations, et jusqu’à maintenant, certains de ces oubliés du Maroc "inutile" qui ont perdu leurs demeures et leurs biens, logent occasionnellement chez leurs voisins et d’autres ont émigré vers les villages les plus proches (Gourama, Boudnib, Riche, Errachidia).

La majorité des habitants des douars des trois communes les plus touchées par les inondations du 10 octobre, à savoir Ouad Naam, Toulal et Gourama, logent dans des maisons construites en pisé et ne disposent d’aucun système d’isolation. Elles retiennent la chaleur en été et le froid en hiver. Leurs faibles ressources financières, qui proviennent principalement de la culture de la terre, ne leur permettent pas d’avoir une alimentation riche et équilibrée pour une meilleure immunité contre les maladies. Après les inondations qui ont détruit la quasi-totalité de leur économie vivrière, les habitants ont même du mal à s’approvisionner en denrées alimentaires de première nécessité au marché hebdomadaire de la commune de Gourama et de Boudnib par manque de moyens de locomotion.

Cette année à la même période, le même scénario se répète sans agir véritablement, ni mener des actions concrètes. C’est triste, encore trois personnes ont été trouvées mortes, après avoir été emportées par les crues d’Oued Aït Yahya, dans la localité d’Amougar, au cercle d’Imilchil, dans la province d’Errachidia. Les trois victimes, une jeune femme de 20 ans et deux hommes de 70 et 75 ans, ont été inhumées vendredi, apprend-on auprès des autorités locales. Les pluies diluviennes tombées depuis les premières heures de la journée du jeudi 10/09/2009 ont également provoqué des accidents de la route dans plusieurs zones de la province notamment à Tinjdad au niveau de Oued Ferkl, à Gourama et à Tiwzagine.

L’Etat ne fait rien, ça c’est désormais une réalité. On attend toujours l’aide des ONG et de bonnes volontés. L’Etat a fuit son rôle de protection des victimes et n’offre plus un cadre de vie décent pour les populations du Maroc "inutile". La saison des pluies qui s’abat sur Errachidia est le témoignage patent de l’impuissance de nos autorités. Des populations sont envahies par les eaux, des glissements de terrains engloutissent des personnes, les voies et chaussées sont sous les eaux, des ponts s’effondrent…. Des visites médiatisées mais pas d’action concrète.

Rappelons à cet égard que le projet de la construction d’un grand barrage sur la vallée de Guir et plus précisément entre les deux douars à savoir Kadoussa et Elgoraane qui pourrait protéger toute la zone contre les effets des crues et qui permettrait le stockage des réserves hydrauliques importantes pour le développement de l’agriculture, n’a pas encore vu le jour malgré la politique des barrages initiée par le défunt Hassan II.

Ce qui s’est passé le 10 octobre 2008 n’est rien d’autre que la conséquence de la politique de discrimination et la marginalisation de plusieurs années vis-à-vis de cette zone dans tous les domaines. L’image du Maroc inutile reste une vérité que personne ne peut contester ni démentir. Les slogans que le gouvernement essaie de véhiculer à travers ses discours (égalité, démocratie, droits humains, développement humain), sont totalement faux et n’ont aucune valeur dans le Maroc du troisième millénaire.

Si les Marocains boudent la politique, ne participent pas aux opérations électorales, ne croient pas à l’action gouvernementale et n’ont plus de confiance dans les institutions élues du Royaume, c’est due à la politique de « deux poids deux mesures » qui marque malheureusement l’Etat marocain.

Rachid Beddaoui

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