
Au Maroc, les parquets des tribunaux de première instance ont commencé à transmettre aux nouvelles chambres chargées des crimes de blanchiment d’argent les dossiers des présidents de commune et des parlementaires condamnés pour dilapidation et...
Les prisons espagnoles sont au bord de l’implosion. Près de 65. 000 personnes sont ainsi détenues dans les 77 prisons relevant de l’Administration centrale espagnole (66 centres) et de la communauté autonome de Catalogne. Des centres pénitentiaires prévus, à la base, pour quelque 30.000 prisonniers...
Le surpeuplement est évident. On parle de 132 détenus pour 100 places. Certaines prisons tourneraient même à plus de 300% de leur capacité. Ainsi, à Sebta, 303 captifs sont entassés dans une geôle destinée à 80 personnes. Et, alors qu’en moyenne, deux employés sont affectés à surveillance de 70 détenus, aujourd’hui, un fonctionnaire contrôle 120 détenus à lui tout seul. Et la situation empire d’une année à l’autre, la population carcérale croissant à un rythme approximatif de 1.000 nouveaux détenus tous les trois mois.
Résultat, l’Espagne compte actuellement plus de 140 prisonniers pour 100.000 habitants (contre 37 en 1983), taux qui la place en tête des pays l’Union européenne en la matière. Un record jamais atteint dans l’histoire carcérale de la péninsule. Mercedes Gallizo, patronne de la Direction générale des Institutions pénitentiaires (DGIP, dépendant du ministère de l’Intérieur), parle carrément de « catastrophe ».
Et pour cause. Le surpeuplement des prisons est la cause de bien des maux. En plus des problèmes de santé, d’hygiène, la promiscuité est source de conflits entre les détenus, mais aussi d’accrochages des prisonniers avec le personnel de l’administration. Ainsi, les agressions contre les employés de prison en Espagne ont augmenté de plus de 50% ces 5 dernières années.
Face à cette situation, les critiques fusent de toutes parts. La saturation des prisons est imputée par nombre de médias et d’acteurs de la vie politique espagnole à l’augmentation sensible de la population carcérale étrangère. De 365 détenus en 1966, celle-ci est passée à 19.919 prisonniers en 2006, soit un peu plus du tiers de la population carcérale en Espagne.
Avec près de 6.000 détenus, les Marocains remportent pour ainsi dire la palme, devançant les Colombiens, les Roumains et leurs voisins Algériens. Franchement pas de quoi pavoiser.
Derrière les chiffres bruts distillés ici et là sur les détenus marocains en Espagne, se profilent en fait bien des réalités. Réalité avant tout d’un quotidien difficile. Majoritairement jeunes, dans la vingtaine, quasi-illettrés, ne connaissant qu’une poignée de mots de la langue de Cervantès, sans attache familiale, les prisonniers marocains représentent une “race” nouvelle avec laquelle l’administration carcérale espagnole doit composer. Tout comme les membres des mafias de la drogue, de la prostitution et autres trafics d’hommes et de marchandises des ex-pays de l’Est ou d’Amérique latine, avec lesquels les Mauros partagent leurs étroites cellules.
Les Marocains purgent en général des peines pour des délits ordinaires, si l’on peut dire, (trafic de haschich et autres stupéfiants, petits larcins, etc) mais aussi, moins souvent, pour des crimes plus graves (meurtre, viol) passibles de 10 ans de prison à une condamnation à perpétuité.
Moins nombreuses qu’on le pense, les personnes, dont une majorité de Marocains, en détention préventive ou effective pour leur implication dans des activités terroristes, ne sont que 139. Mais il ne fait pas de doute que cet effectif a augmenté au lendemain du procès sur les attentats du 11 mars 2004, dont le verdict final a été rendu mercredi 31 octobre 2007.
Ceci étant, bien que nombreux, les islamistes radicaux marocains et maghrébins exercent une certaine influence sur les autres détenus de confession musulmane. Religion, langue et culture commune et solitude obligent, nombre parmi ces derniers, comme l’a expliqué récemment Jesus Calvo, l’ex-directeur de la prison de Alcala Meco, trouvent refuge auprès des détenus extrémistes qui, au fil des ans, ont bâti leur propre monde au sein de l’univers carcéral espagnol.
Une situation qui a poussé la DGIP, aidée de la Commission islamique d’Espagne (CIE), à affecter des imams modérés dans les prisons du pays dans l’espoir d’éviter une radicalisation des détenus musulmans.
Derrière les barreaux, se dessine en fait la réalité d’un malaise social et d’une précarité économique croissante d’une partie de la communauté marocaine installée en Espagne. Celle-ci, forte de 600.000 membres en situation régulière (sur les 45.116.894 habitants que compte l’Espagne), soit 87 fois plus qu’il y a 20 ans, est la première communauté étrangère d’Espagne.
Les Marocains, établis principalement dans les communautés autonomes de Madrid, de Catalogne et d’Andalousie, sont employés essentiellement dans les secteurs de la construction, de l’agriculture et des services domestiques. Tous ne sont pas logés à la même enseigne. Les plus vulnérables, ce sont indéniablement les plus jeunes, issus des quartiers périphériques démunis des grandes villes et des douars lointains du Maroc. Souvent illettrés ou déscolarisés très tôt, sans diplôme, sans le sou, sans horizon, ils déchantent rapidement en découvrant que l’Eldorado espagnol n’est pas celui dont ils rêvaient. Trop honteux ou trop désespérés pour retourner au bercail, ils tentent de vivoter tant bien que mal en Espagne. De la précarité à la délinquance, le pas est vite franchi. Certains sont récupérés par les réseaux de crime organisés, qui en font des exécutants dociles et agiles, ou embrigadés par les courants jihadistes. Jusqu’au jour où, par malchance ou imprudence, la Guardia Civil leur met la main dessus et qu’ils viennent s’ajouter aux Marocains déjà détenus dans les prisons espagnoles.
La situation des prisonniers marocains en Espagne s’améliorera-t-elle dans les années à venir ? Probablement, si les 46 nouvelles infrastructures pénitentiaires promises par le ministère de l’Intérieur à l’horizon 20120 voient le jour. A moins qu’ils ne soient extradés vers le Maroc, comme y pense la DGIP, pour y purger leur peine. Mais combien de taulards seraient prêts à échanger leur cellule en Ibérie contre un cachot à Oukacha ?
Maroc Hebdo - Mouna Izddine
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