
Lancé en 2015, le statut auto-entrepreneurs semble ne plus être une solution à l’informel et au chômage. Le bilan en est la parfaite illustration.
Deux photos de femmes. Deux profils différents, voire « opposés ». Le premier est celui d’une dame en djellaba et n’gab. Le second est celui d’une épouse qui se balade avec son mari. Un seul point commun : elles ont toutes les deux des enfants. Sauf que dans le premier cas, la maman porte son bébé sur son dos. Tandis que dans le second, c’est plutôt le père qui pousse le landau ! Conclusion : « Si les rôles biologiques de l’homme et de la femme sont immuables, leurs rôles sociaux ne le sont pas ». Et justement, la microfinance produit à sa manière ce genre de révolution tranquille.
Comment ? C’est justement à ce type de questions qu’un atelier sur « la microfinance et genre » a été organisé dernièrement à Casablanca, par PlaNet Finance Maroc et la GTZ-Genre.
L’idée n’est pas de déclencher une guerre des sexes, mais d’évaluer la pertinence sociale et financière d’un microcrédit, dont une femme est bénéficiaire.
L’une des conclusions frappantes d’une récente enquête de PlaNet Finance Maroc démontre que « ce sont plutôt les femmes célibataires, veuves ou divorcées, qui enregistrent le taux de réussite le plus élevé dans le micro entreprenariat ! », commente Mohammed Mâarouf, directeur exécutif de PlaNet Finance Maroc.
Plus surprenant encore, ce résultat a été relevé même en Inde. Le mariage serait-il un frein à l’émancipation économique ?
Les femmes mariées développent un « plafond de verre ». « Elles réduisent le temps accordé à leur microprojet pour se consacrer aux tâches domestiques », d’après des recherches menées en Inde.
Les observations d’Isabelle Guérin, chercheuse française ayant passé deux ans à travailler sur le sujet, sont assez révélatrices. « En jouant aux équilibristes », les femmes font face à une pression morale : elles doivent gérer les dépenses quotidiennes sans maîtriser pour autant les sources de revenus du foyer ». Ces femmes assurent des revenus à leurs ménages. Pourtant, elles ne parviennent pas à reconfigurer leur rôle : l’égalité des charges n’équivaut pas à une égalité de statut. Dans des pays à forte tradition patriarcale, l’homme est souvent considéré comme pourvoyeur de fonds.
Au-delà de son impact social, le microcrédit peut se révéler parfois inadapté à l’environnement qu’il cible. Le témoignage d’une mère de famille vivant à Aït Bouhmed, dans la région de Marrakech, est plein d’enseignements. « Je m’occupe de l’engraissement des ovins et mon mari de la vente », témoigne Rzika Hind. Agée de 46 ans et ayant six enfants à sa charge, elle en est depuis 2003 à son cinquième microcrédit (de 1000 à 5000 DH). Parmi ses remarques les plus pertinentes, « l’existence d’un décalage entre le délais de remboursement de l’emprunt et le cycle de production ».
Source : L’Economiste - F. F.
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