L’argent des MRE intéresse les banques européennes

1er juin 2004 - 07h21 - Economie - Ecrit par :

Les banques européennes ont découvert dans cette frange de consommateurs que sont les MRE, des filons intéressants pour doper leurs chiffres d’affaires. En fait, les Marocains d’Europe sont réputés par leur amour du travail et par leur sens de l’épargne. Par ici la tirelire.

La population marocaine résidant en Europe composée de la seconde génération des MRE, ayant quitté le pays à partir durant la décennie 60, et de ceux qui sont partis dès le début des années 80 est traversée par le doute et vit des moments de déchirement intense. Situation qui peut coûter cher au Maroc qui reçoit chaque année plusieurs dizaines de milliards de dirhams en devises grâce aux transferts de ces immigrés. Ces derniers, âgés actuellement entre 25 et 45 ans et dont l’écrasante majorité porte la double nationalité, sont fortement tentés par les offres alléchantes d’intégration économique (car l’intégration politique à foiré) que leur font les banques qui ont découvert en eux des filons intéressants pour doper leur chiffres d’affaires. En fait, les Marocains d’Europe sont réputés par leur amour du travail et par leur sens de l’épargne. Détail qui n’a pas échappé aux banquiers. Selon les statistiques disponibles les MRE ne dépensent que 20 à 25 % de leurs gains, le reste est thésaurisé sur place ou transféré vers des banques domiciliées au Maroc.
Cet intérêt des établissements européens pour l’épargne des MRE s’explique pour des raisons plus économiques que politiques. Il ne faut surtout pas penser que derrière ce constat se tramerait un quelconque complot pour déstabiliser le Royaume chérifien dont le Trésor reçoit chaque année (depuis 2002) un peu plus de 32 milliards de dirhams, soit 3,5 % du total des transferts d’effectués par tous les immigrés du monde vers leurs pays respectifs. Enorme ! La raison de cet intérêt banquier européen pour l’argent de nos MRE s’explique avant tout par le fait que les banques, confrontées depuis le 11 septembre 2001 à la chute des revenus boursiers, se sont tournées vers la banque du détail. Rien que pour la France, en 2003, les six principaux groupes bancaires ont engrangé à eux seuls la coquette somme de 10,5 milliards d’euros de bénéfices, soit plus du tiers qu’en 2002 ! Comment ? Via diverses taxes allant de 1 euros par-ci à 15 euros par-là, ponctions correspondantes à divers services comme les frais de fonctionnement d’un compte courant, le prix chéquier, les agios, les pénalités… Bien sûr ces chiffres englobent l’ensemble de la clientèle particulière des banques, quelles que soient les origines. Mais on imagine bien que la mise à contribution du portefeuille de nos immigrés n’soit pas pour rien dans ces résultats.
Mieux, les banques ont flairé la vraie bonne affaire. En effet, de plus en plus de MRE gardent leurs économies sur place en attente de la retraite pour ensuite les transférer d’une seule traite au bled. Donc pas question que cette épargne leur échappe un jour. Pour cela, elles usent de mille astuces pour obliger les épargnants MRE de ne jamais rentrer définitivement dans leur pays. Quoi de mieux qu’un gros et alléchant crédit immobilier pour parvenir à cette fin ! Un énorme boulet à la cheville. L’offre typique se décline comme suit : « Avancez 20 % du prix d’un appartement et la banque vous payera le reste pour un taux d’intérêt de 4 à 5 %, prêt remboursable sur 20 ans. Le bonheur ! Mon œil. Etant donné que le profil type du demandeur est celui d’un homme de 40 ans environ, marié et ayant deux à trois enfants, la boucle est bouclée. Si le contrat est signé en 2004, et si tout va bien, le type payera la dernière traite dans 25 ans ; vu que l’âge de la retraite va être certainement porté à 65 ans avant 2005. Donc à cet âge de fin de vie active, notre bonhomme se retrouve avec une maison qui a elle aussi viellé, des enfants qui l’auront déjà quitté à 18 ans, et une pension vieillesse variant entre 400 et 800 euros par mois selon l’âge où il a commencé à travailler.
On imagine dans ce cas avec aisance que ce monsieur sera tenté par tout sauf par le retour au pays. D’abord par ce qu’il sait que s’il transfert sa pension au Maroc, l’Etat marocain lui en imputera une partie sous forme d’impôt. Puis -et surtout- que s’il décide de revendre sa maison, il n’est presque pas sûr qu’il rentre dans ses frais ; parce que la majorité des immeubles et appartements que les banques proposent sont des masures menaçant ruine et situées dans zones suburbaines ou tangentes à la limite de la ville, lesquelles ruines doivent en plus être retapées par l’acheteur et à ses frais. Alors qu’actuellement la mode est aux lofts, aux maisons « multi-espaces » et aux belles villas de campagne.
Pour Paris, par exemple, une bonne partie du vieux et délabré quartier du Kremlin Bicêtre à la limite du 13ème arrondissement, ou encore les taudis de saint Ouen (vers le 18ème), sont concernés.

Abdelkarim Chankou - Emarrakech.info

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