
Au Maroc, le ministère des Transports et de la Logistique a décidé d’aligner les droits des passagers marocains sur les standards européens, en garantissant une indemnisation adéquate en cas de perturbations de vols.
Les hostilités ne sont pas encore ouvertes, officiellement du moins, mais les relations entre la compagnie nationale aérienne Royal Air Maroc et son homologue française Air France sont en train de virer au vinaigre. La raison, toute simple, tient à l’extrême agressivité de RAM dans le ciel africain, et qui se manifeste de plusieurs façons. La première, bien sûr, c’est le formidable essor opéré depuis plus de trois années par Air Sénégal International, filiale à 51 % de RAM et fruit d’une joint-venture avec l’Etat sénégalais.
Une croissance à deux chiffres, des liaisons multipliées vers le Maroc et l’Europe, une situation financière saine, l’acquisition récente de deux Boeing 737 et de grandes ambitions, voilà le résultat du travail remarquable accompli en l’espace de quelques années par les équipes de RAM dépêchées à Dakar sous la direction de M. El Oufir, promu depuis à la tête d’Atlas Blue, la "low cost" basée à Marrakech et aussi ambitieuse que sa consoeur sénégalaise. Mais le développement de la compagnie maroco-sénégalaise n’est pas le seul motif d’un mécontentement réel à Paris où des sources proches de la compagnie française soulignent le "remarquable positionnement de RAM en l’espace de quelques années" dans le ciel africain.
Car, effectivement, c’est une percée réussie que celle de la compagnie nationale dans les liaisons vers l’Afrique occidentale notamment, depuis que M. Mohammed Berrada préside aux destinées de Royal Air Maroc, percée qui s’est traduite par l’augmentation des rotations sur plusieurs capitales d’Afrique de l’Ouest, et, surtout, une croissance de 35 % du marché africain en 2004. De quoi, effectivement, donner la migraine à certains responsables de la compagnie aérienne française qui, portés par une mentalité anachronique, considèrent sans doute que le ciel d’Afrique leur appartient, comme aux temps de la "coloniale". Voilà pourquoi, c’est avec une réelle inquiétude que l’on a pris connaissance à Air France d’un projet commun pratiquement arrivé à concrétisation entre le transporteur aérien national et la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale, la CEMAC, celui de l’érection d’une compagnie aérienne commune aux Etats de cette région avec l’assistance technique, humaine et logistique de Royal Air Maroc. Une inquiétude que ne cachent guère certains milieux français parce que le dynamisme de RAM menace directement le quasi monopole d’Air France dans les liaisons vers l’Afrique subsaharienne, tandis que Casablanca se positionne de plus en plus comme le hub idéal entre les pays d’Afrique, l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Amérique latine, mais aussi les régions proche et moyen-orientale et l’Asie.
C’est également pour cela sans doute que la représentation locale d’Air France, longtemps assoupie dans les délices casablancais, semble vouloir se réveiller et abandonne sa "petite" pratique d’une communication permanente dans les espaces du CAFC à Casablanca, destinée seulement à toucher les " expat ", au profit d’une campagne plus large par voie de presse, espérant ainsi récupérer quelques centièmes de parts de marché au détriment d’Atlas Blue et de Royal Air Maroc qui cassent les prix depuis plusieurs mois sur le marché européen. Une démarche qui aura quelque mal à porter ses fruits tant certaines attitudes peu hospitalières seront difficiles à faire oublier à de nombreux voyageurs échaudés par la froideur de l’accueil qui leur est parfois réservé à bord ou dans certains terminaux de Roissy...
Le temps de la rupture n’est pas pour autant venu, mais à Paris, en privé certes, on commence à s’interroger sur le devenir du "partenariat" entre Royal Air Maroc et Air France, qui, du stade de l’amitié, en sont venus désormais à celui de la concurrence ouverte et rude.
Les interlocuteurs de La Nouvelle Tribune, bien que se refusant à toute rupture éventuelle, connaissant les liens de capital (certes faibles) entre les deux compagnies et, surtout, l’ancienneté d’une relation duopolistique entre la France et le Maroc (cassée par les vertus de l’open sky !), précisent tout de même qu’il est "aujourd’hui nécessaire de mettre les choses à plat".
Voilà pourquoi ils annoncent, pour les semaines à venir, une rencontre à Casablanca entre les staffs dirigeants des deux compagnies, rencontre qui devrait décider de l’avenir de ce partenariat qui paraît quelque peu compromis actuellement.
Connaissant la proverbiale ténacité d’un Mohammed Berrada, qui a réussi le tour de force de repositionner positivement sa compagnie dans le ciel africain, ses ambitions de manager patriote et ses projets de développement du Groupe RAM, désormais organisé en six pôles, on se risquera à prédire que la réunion de Casablanca sera chaude et animée et pourrait, peut-être, signifier l’abandon du projet caressé par Royal Air Maroc (et annoncé officiellement) d’intégrer prochainement l’alliance aérienne internationale Sky Team au sein de laquelle Air France joue les premiers couteaux.
Fahd YATA - La Nouvelle Tribune
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