Mohamed VI a accordé, en marge de sa visite officielle aux usa, en juin 2000, une interview à Scott Mac Leod, directeur de bureau de time au Caire.
Comment voyez-vous la nouvelle génération de dirigeants arabes ?
On ne devrait pas penser qu’une nouvelle génération va tout bouleverser ou tout remettre en question. N’oublions pas que dans nos pays, la tradition est très forte.
Quel est le vœu que vous formulez pour le Maroc ?
Je pourrais paraitre trop pénétré de ma propre personne parce que je veux toujours mieux faire. Mon enfance a été très protégée. J’ai grandi dans un palais, mais j’ai vécu au Maroc en tant que citoyen Marocain. Je souhaite rendre hommage a la mémoire de feu mon père qui a insisté pour que je sois éduqué au Maroc et non a l’étranger, pour mieux connaitre les réalités. Par conséquent, quoi que je fasse, cela ne sera jamais assez.
Quels conseils votre père vous a-t-il donnés ?
Gouverner ce n’est nullement faire plaisir. C’est ce que mon père avait l’habitude de dire. "Tu auras à prendre des décisions qui ne feront plaisir ni a toi ni aux gens. Mais ce sera pour le bien être du pays."
Quels sont les problèmes du Maroc ?
Avant tout, le chômage et la sécheresse dont souffre l’agriculture. Il y a la lutte contre la pauvreté. Je pourrais parler indéfiniment de la pauvreté, la misère, l’analphabétisme.
Comment concevez-vous le développement de la démocratie ?
Le Maroc a beaucoup à faire en termes de démocratie. La pratique quotidienne de la démocratie évolue avec le temps. Essayer d’appliquer un système démocratique occidental a un pays du Maghreb, du Moyen-Orient ou du golfe serait une erreur. Nous ne sommes pas l’Allemagne, la Suède ou l’Espagne.
J’ai beaucoup de respect pour les pays ou la pratique de la démocratie est développée. Je pense toutefois que chaque pays a ses propres caractéristiques de la démocratie.
Des personnes avancent que la monarchie Marocaine évoluera comme la monarchie espagnole.
Je ne sais pas. J’ai beaucoup de respect pour sa Majesté juan Carlos. Je l’appelle oncle juan parce que c’est une personne extraordinaire que je connais depuis longtemps. Il fait presque partie de la famille. Nous nous entretenons souvent au téléphone et je lui demande conseil. Mais les Marocains ne sont pas les Espagnols et ils ne le seront jamais. La démocratie en Espagne convient parfaitement à l’Espagne. Mais il y a un modèle démocratique spécifique au Maroc.
Comment jugeriez le mouvement islamique du Maroc ?
En tant que commandeur des croyants, il est inconcevable pour, moi de combattre l’Islam. Nous avons besoin de combattre la violence et l’ignorance. C’est vrai, quand on déambule chez nous, on voit des femmes qui portent le voile et des hommes qui portent la barbe. Cela a toujours été le cas au Maroc, pays dont le fondement est la tolérance.
Comment l’Europe peut-elle aider le Maroc ?
Nous ne voulons pas que l’Europe nous assiste. Nous ne voulons pas que l’Europe nous donne des miettes. Tout ce que nous demandons, c’est que l’Europe traite avec nous en tant que partenaires. Aussi longtemps que le Maroc se sentira lésé une nouvelle approche restera d’actualité. A chaque fois qu’un état du nord de la méditerranée regarde vers un pays des cotes du sud, il y voit automatiquement une menace potentielle. Bien sur, il y a eu des événements qui ont cause des tracas au nord mais une certaine incompréhension a toujours domine. Notre rôle est de rassurer l’Europe.
Les Marocains en Europe sont des gens paisibles, travailleurs. Ils n’ont jamais participé à des actes terroristes ou utilisé la violence. Les européens et les Occidentaux haïssent facilement les pays du Maghreb. Nous devons en finir avec cette mentalité. Je pense que nous sommes dans une période de réajustement.
Le Maghreb n’a-t-il pas besoin de mettre de l’ordre chez lui ?
Si, je vais répondre franchement, même si je risque de provoquer la colère de certaines personnes. Il y a un problème entre le Maroc et l’Algérie. Il n’y a pas de problème entre le Maroc et la "rasd" qui est une création de l’Algérie. Je refuse de prendre part a une réunion de l’union du Maghreb arabe ou des dirigeants, moi compris, entreraient en compétition a qui parlera le plus fort. Nous devons traiter les vrais problèmes économiques et sociaux et non des dossiers qui provoqueraient une division encore plus grande. J’admire vraiment le Président Algérien Abdelaziz Bouteflika, qui a hérité d’une situation extrêmement délicate. Il est du devoir du Maroc de lui faciliter la tache. Nos intérêts ne seraient pas préserves si le Maghreb se divisait. Les quelques contacts que nous avons eus, pas beaucoup a vrai dire -sont très positifs- c’est un homme plaisant, qui a un grand sens de l’humour.
Y a-t-il des "pourparlers" concernant un nouveau compromis au lieu d’un referendum dans le conflit du Sahara occidental ?
Il ne m’incombe pas de prendre une décision qui me serait propre. Nous avons des partis politiques très actifs et les Marocains sont unanimes sur la Marocanité du Sahara, l’opinion internationale doit comprendre que cette question est vitale pour nous.
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